Bas carbone dans le BTP : pourquoi tout le monde en parle… et pourquoi plus personne n’écoute : Un sujet omnipresent mais de moins en moins lisible

Bas carbone dans le BTP : pourquoi tout le monde en parle… et pourquoi plus personne n’écouteUn sujet omnipresent mais de moins en moins lisible

Véronique Giraudeau

Article rédigé par Véronique G.

3 minutes de lecture

Aujourd’hui, difficile d’y échapper pour une agence spécialisée BTP comme la nôtre : le bas carbone est partout dans les briefs des marques du secteur construction et habitat !

Parfois comme sujet central - lancement ou revalorisation d’une démarche durable - parfois comme pilier d’un lancement produit, parfois comme une simple ligne “incontournable” à cocher.

Le paradoxe c’est que plus le sujet est présent, moins il est audible

Les marques n’ont jamais autant communiqué sur leurs engagements environnementaux et, pourtant sur le terrain, un constat revient sans cesse : les messages se ressemblent, les preuves se diluent, la crédibilité s’érode.

Le problème n’est donc probablement pas le sujet en lui-même. Comme souvent, le problème c’est certainement la façon dont on en parle…

Quand les bonnes intentions brouillent le message

Dans la majorité des cas, les démarches bas carbones des industriels sont réelles, sérieuses, structurées. Mais leur traduction en communication pose souvent problème.

Pourquoi ? Parce que le marché est saturé :

  • de promesses environnementales vagues (bouh le greenwashing !),
  • de chiffres difficiles à comparer,
  • de (auto)labels mal compris,
  • de discours partiels ou hors-sol,
  • de codes visuels “green” devenus interchangeables (coucou les feuilles d’arbre)

Résultat : chaque marque parle plus fort, mais le message global devient illisible. Et dans un secteur aussi rationnel et pragmatique que le BTP, cette perte de lisibilité devient rapidement une perte de confiance.

Les pros ne rejettent pas le bas carbone, mais les discours inutiles.

Contrairement à une idée reçue, les professionnels du bâtiment ne sont ni réfractaires, ni indifférents aux enjeux de durabilité (cf. étude BatiObs). Certes ils n’ont font peut-être pas une priorité business, mais ils n’en sont pas pour autant désengagés. Loin de là.

Ce qu’ils attendent, c’est :

  • de la clarté et de la proportion,
  • des preuves compréhensibles, de la transparence
  • et surtout, une utilité concrète dans leur quotidien.

Un prescripteur cherche à sécuriser ses CCTP et à valoriser son ouvrage. Un installateur cherche à vendre sans complexifier son discours. Un distributeur cherche de la lisibilité et de la différenciation.

Quand la communication bas carbone ne répond pas à ces attentes, elle devient au mieux décorative, au pire contre-productive.

Du RSE institutionnel au levier business : le vrai virage à opérer

Beaucoup de marques disposent aujourd’hui d’une stratégie RSE solide, d’objectifs chiffrés, d’engagements structurants, souvent à un niveau corporate ou industriel.

Mais le RSE global ne suffit pas à créer de la préférence marché et du business, malheureusement. Aussi, le bas carbone ne peut plus être :

  • un chapitre à part, une option,
  • une gamme “verte” isolée,
  • un discours descendant réservé aux rapports d’activité 

Pour être crédible et efficace, il doit devenir un standard lisible, intégré à l’offre, compréhensible par tous, sans complexifier la vente ni la prescription.

La matrice des bons éléments de langage

C’est là que beaucoup de communications déraillent : même message pour tout le monde, même niveau de discours, même promesse.

Or, le bas carbone ne se raconte pas de la même façon selon les cibles. Un même socle de preuves et des discours adaptés : c’est souvent ce simple principe qui fait toute la différence.

Exemple de matrice d’aide à la communication :

 

Cible

Ce qu’elle attend

Ce qu’il faut dire

Ce qu’il vaut mieux éviter

Prescripteurs (architectes, BE, MOA…)Lisibilité, preuves comparables, sécurité dans les CCTPPérimètre précis, données contextualisées, preuves vérifiables, intégration simple dans les CCTP, chantiers de référenceChiffres isolés, non comparables ou difficiles à justifier, surenchère illisible (syndrome du premier de la classe)
Installateurs / artisans Simplicité, rentabilité, zéro frictionMême produit, mêmes habitudes, même pose : une valeur en plus sans complexité, pragmatisme etefficacitéDiscours anxiogène, trop technique ou culpabilisant, pédagogie technico-scientifique illisible
Distributeurs / NégocesLisibilité de l’offre, différenciation en point de vente, discours homogèneUn standard bas carbone clair, facile à expliquer et à relayer au comptoir, créateur de valeur pour le réseau, business firstDiscours trop institutionnel ou trop technique, promesses difficiles à transmettre
Client final (indirect)Confiance, bon sens, réassurance« Ça change peu de choses… sauf l’essentiel » : une amélioration sans compromisGreenwashing émotionnel, discours moralisateur

Le sujet vous concerne ?

Pour aller plus loin… 

Parler moins vert, mais plus juste

Dans un contexte réglementaire de plus en plus strict et un marché saturé de promesses, une nouvelle posture s’impose donc.

  • Moins de slogans.  Moins de surenchère.  Moins de symboles “green”.
  • Plus de faits et de transparence. Plus de cohérence et de pédagogie. Plus d’humilité parfois.

En synthèse, la crédibilité ne se gagne plus en en disant plus, mais en disant juste ce qu’il faut, au bon niveau, aux bonnes personnes.

Et si le bas carbone redevenait enfin un sujet de communication utile ?

Le bas carbone – surtout dans le BTP (1er émetteur de GES, pour rappel !) - n’est ni une mode, ni une parenthèse. Il est là pour durer, structurer le marché, transformer les offres.

Les marques n’ont pas besoin d’en faire toujours plus.

Elles ont besoin d’en faire mieux avec un discours lisible, des preuves solides, une posture juste, et une vraie compréhension des attentes terrain.

Quitte à accepter que tout ne soit pas parfait et qu’on est en mode « work in progress ».

Ici se trouve le vrai leadership, porté par la transparence et le sens du devoir ! C’est à cette condition que la durabilité peut devenir un levier de préférence, de confiance et de business. 

On en parle prochainement ?

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